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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 08:55

L'Informateur
Publié:  21 octobre 2004

Auteur de “Rachel Salmona, Convoi 47”, un livre consacré à la cousine qu’elle n’a pas connue, Claude Mitrani-Echaubard est venue lundi marcher dans les pas de la petite Rachel, déportée en 1943 alors qu’elle avait neuf ans.

Rachel Salmona aurait aujourd’hui 71 ans. Elle serait sans doute une honorable grand-mère comme il y en a tant. Le destin en a décidé autrement. Le 16 janvier 1943, alors qu’elle n’a que neuf ans, elle est emmenée entre deux hommes en armes alors qu’elle était sagement assise au pupitre de son école rue Suzanne. “Elle a été arrêtée pour “fait de juiverie” sur ordre du préfet Parmentier, un préfet qui allait bien au-delà des demandes des Allemands en matière d’arrestations”, explique Claude Mitrani-Echaubard. Cousine de Rachel Salmona mais ne l’ayant jamais connue, cette commerçante havraise consacre aujourd’hui un livre à la petite Rachel (voir notre précédente édition). “C’est un livre écrit sans haine ni esprit de vengeance. Rachel est bien au-dessus de cela”, explique l’auteur qui rend ainsi hommage non seulement à sa cousine, mais aussi aux 16000 autres enfants juifs de France qui ont péri dans les camps.

Cinq années de recherche auront été nécessaires à Claude Mitrani pour recueillir tous les documents nécessaires à la rédaction de ce livre. “Certains documents ne pouvaient être publiés avant 2003, la loi prévoyant qu’ils ne peuvent être divulgués dans les 60 années suivant leur établissement. Je ne voulais pas sortir ce livre sans ces documents. On n’aurait peut-être pas cru toute la vérité sans cela”, explique Claude Mitrani aux élèves des classes de 3e du collège Rachel Salmona qu’elle a rencontrés lundi au cours d’une journée passée au Tréport. C’est en découvrant que le collège du Tréport porte ce nom que Claude Mitrani s’est lancée dans ses recherches. “J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un homonyme en découvrant ce nom dans un livre consacré à la Normandie. J’ai appelé le principal en 1999, il m’a assuré que le nom avait été proposé par Jean Garraud, alors maire, et qu’il rendait hommage à une petite fille juive déportée”, explique Claude Mitrani-Echaubard.

Ils ne se doutaient pas

Rachel Salmona, sa mère, sa petite soeur et sa grand-mère ont toutes quatre été déportées le même jour. Avec le père de Rachel, mort dans un camp de travail, ils sont la seule famille tréportaise à avoir péri dans ces conditions et seulement parce qu’ils étaient Juifs. “C’est suite à l’assassinat d’un soldat allemand à la gare de Rouen que tout est arrivé. Le préfet a décidé de faire arrêter tous les Juifs de Normandie. Il y est presque parvenu. Les Juifs n’étaient qu’un peu plus de 400 et presque tous ont été déportés et tués”, explique Mme Mitrani dont le demi-frère, alors installé au Havre avec sa mère, a échappé de peu à la rafle.

Lundi matin Claude Mitrani s’est rendue à l’école Ledré-Delmet-Moreau. Elle a visité la classe où étudiait Rachel quand elle a été arrêtée. Elle a aussi rencontré quelques-uns de ses camarades de classe qui se souviennent parfaitement de cette arrestation qui ne pouvait que marquer les esprits. “Elles ne savaient pas ce qui se passait vraiment. D’ailleurs, les politiques étaient au courant, mais la population ne savait pas. Les Juifs eux-mêmes n’avaient aucune idée du sort qui leur serait réservé. Ils pensaient qu’ils allaient être envoyés dans des pays de l’Est et sans doute privés de liberté. Ils redoutaient cela, mais ils n’imaginaient sans doute pas le pire”, explique Claude Mitrani qui précise que “l’arrestation de Rachel est aujourd’hui encore imprimée comme une photo dans l’esprit de ses camarades de classe. Toutes sont formelles là-dessus”.

Vigilance

Avec les collégiens du Tréport et leurs enseignants, Claude Mitrani a évoqué le contexte de l’époque, les circonstances de l’arrestation, non pour raviver la haine, mais simplement pour que les jeunes comprennent, qu’ils transmettent eux-mêmes l’histoire et qu’ainsi les générations à venir n’oublient ce qui s’est passé et qui pourrait se réitérer si la vigilance n’est pas de mise.

Alain Longuent adhère pleinement à ces propos. Le maire l’a d’ailleurs rappelé en fin de journée lorsqu’il a reçu Claude Mitrani-Echaubard à la bibliothèque en compagnie de Claude Balandrade. “Avec prudence, mais idéologie, Bruno Gollnish défend la négation. Comme si tout ce que nous dénonçons n’avait jamais existé, comme si cela ne serait que l’invention d’historiens malveillants”, déclarait le maire avant d’appeler “à la vigilance” et de noter que “hier matin j’ai découvert dans les rues du Tréport une “campagne d’affichage” du parti de M. Gollnish. Je ne peux m’empêcher de penser que cela est lié à cette journée consacrée au souvenir de Rachel Salmona. J’appelle à la vigilance par rapport au racisme sous toutes ses formes”.

C. Ginfray

Le livre de Claude Mitrani-Echaubard intitulé “Rachel Salmona, Convoi 47” édité chez Bertout est disponible au prix de 15 euros en librairie.

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Claude Mitrani-Echaubard en séance dédicace

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